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Les tours de « calcul » (et l'effet Clever Hans)
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Les tours de « calcul » (et l'effet Clever Hans)

Clever Hans : un cheval, pas un chien qui compte

Tout part d'un cheval, pas d'un chien. Vers 1904, à Berlin, un cheval nommé Clever Hans (« Hans le malin ») appartenait à Wilhelm von Osten, un professeur de mathématiques. Le cheval semblait résoudre des additions : il tapait du sabot le bon nombre de fois. En 1907, le psychologue Oskar Pfungst a montré que Hans échouait presque à chaque fois dans un seul cas précis : quand la personne qui l'interrogeait ne pouvait plus le voir. Tant qu'elle connaissait la réponse et restait dans son champ de vision, il réussissait 89 fois sur 100. Caché à sa vue, il retombait à 6 fois sur 100. Sans le vouloir, cette personne relâchait une toute petite tension du corps, dans sa posture, sa respiration, son visage, pile au bon moment, et le cheval s'arrêtait dessus. Ton chien fait exactement pareil : il guette le plus petit geste pour savoir quand se taire.

Et cette lecture du corps, c'est bien plus impressionnant qu'un calcul : la plupart des chiens décodent nos gestes et nos expressions avec une finesse remarquable, un vrai talent social. Ce qu'il montre là, c'est de la lecture sociale, pas une calculatrice à poils.

Ce que le public croit voir, et ce qui se passe vraiment.

Le mythe (l'idée reçue)

Le chien fait l'additionIl ferait vraiment le calcul, comme nous avec des chiffres.
Il « sait » que 2 + 1 = 3Il comprendrait l'opération quand tu la dis à voix haute.
Il s'arrête tout seul au bon chiffreSans que tu l'aides, même sans le vouloir.

La réalité (ce que dit la science)

Le chien lit ton corpsUn tout petit relâchement de ta posture, de ton souffle ou de ton regard lui dit « stop ».
Juste un sens approximatif des quantitésLes chiens perçoivent grossièrement « plus » ou « moins », pas une vraie arithmétique.
Tu es l'auteur involontaire du résultatRetire le maître ou la réponse, et le numéro perd sa justesse.

Les chiens ont un sens du nombre approximatif : ils distinguent le « plus » et le « moins », mais rien qui ressemble à une vraie addition.

Du premier aboiement au signal secret

Avant de commencer, ton chien doit déjà savoir deux choses. D'abord aboyer sur ton signal et se taire sur ton signal (le « chut »), calmement, sans s'exciter : c'est ce qu'apprend le guide « Parle & chut ». Ensuite travailler un tour à la récompense, sans aucune contrainte, ce que couvre le guide des fondations « Apprendre un tour par la récompense ». Si l'un des deux n'est pas encore solide chez toi, commence par là. Le but ici n'est pas de tromper qui que ce soit : c'est de montrer un joli dialogue entre toi et ton chien, assumé pour ce qu'il est. Une crainte revient souvent : est-ce que lui apprendre à aboyer va le rendre plus aboyeur ? Non, tant que tu ne récompenses l'aboiement que sur ta demande, et jamais un « ouaf » que tu n'as pas réclamé.

Tu ne passes à l'étape suivante que quand la précédente est franche.

1

Un aboiement = une unité

Récompense des aboiements isolés, que tu peux compter un par un : ton chien aboie une fois, tu dis aussitôt ton mot marqueur (un petit mot toujours pareil, « oui ! », qui lui dit à la seconde près qu'il a gagné), puis tu donnes la friandise. Tu cherches un robinet qui goutte à rythme régulier, jamais un jet qui s'emballe. C'est acquis quand il te sort trois ou quatre « ouaf » bien nets et séparés à la demande, sans monter en excitation.

2

Enchaîne plusieurs aboiements de suite

Reprends le même signal « parle » de l'étape d'avant, mais relance-le tout de suite après chaque « ouaf », pour qu'il aboie deux fois, puis trois fois d'affilée. Cette fois, tu ne récompenses qu'à la fin de la petite série, et tu la coupes avec ton « chut » habituel. C'est cette série que tu apprendras à arrêter d'un geste discret à l'étape suivante. Passe à la suite quand il enchaîne deux ou trois aboiements et s'arrête net à ton « chut », plusieurs fois de suite.

3

Installe un signal d'arrêt discret

Choisis un geste minuscule que tu pourras refaire à l'identique à chaque fois : un battement de paupières, un léger relâchement des épaules, une main qui s'ouvre doucement. Fais ce geste juste avant de dire « chut » comme d'habitude, plusieurs fois de suite, puis dis « chut » de plus en plus bas, presque en silence, jusqu'à ne faire que le geste seul. Pour qu'il capte un geste aussi discret, il doit te faire face et te regarder : place-toi devant lui, et s'il détourne la tête, dis son nom ou attends qu'il revienne vers toi avant de relancer un aboiement. C'est acquis quand il s'arrête sur le geste seul, aussi sûrement qu'au « chut » dit à voix haute, trois ou quatre fois de suite. Assume ce signal comme le vrai cœur du tour : il n'y a rien d'autre à cacher.

4

Mets en scène la « question »

C'est toi qui comptes, en silence, et tu choisis le nombre à l'avance : pour « 2 et 1 », tu attends trois aboiements. Pose la fausse question à voix haute, donne ton signal d'aboiement, compte les « ouaf » dans ta tête, et donne ton signal d'arrêt discret juste après le dernier voulu, avant qu'il n'en lance un autre. Félicite-le aussitôt. S'il en fait un de trop, ce n'est qu'un tour : recommence tranquillement, ou joue le coup avec humour devant ton public. Réussis l'enchaînement question, aboiements, arrêt au bon compte trois ou quatre fois de suite avant de le montrer pour de vrai. Devant les autres, dis les choses comme elles sont : « regardez comme il me lit sans un mot ».

5

Le test à l'aveugle (l'épreuve Clever Hans)

Demande à quelqu'un qui ignore la réponse de poser la question à ta place, ou sors du champ de vision de ton chien au moment de donner ton signal d'arrêt. Le numéro perd aussitôt sa justesse, et c'est une bonne nouvelle à montrer fièrement : la preuve que ton chien lisait de vrais indices, et non qu'il calculait.

Il n'y a pas de nombre de répétitions magique pour cet apprentissage : associe ton geste d'arrêt et la récompense à chaque fois, un tout petit progrès après l'autre, sans jamais le forcer. Fais des séances très courtes, et arrête-toi pendant que ton chien en redemande encore.

Si ton chien aboie déjà trop, s'il vit en appartement où chaque aboiement pose problème, ou si ses aboiements viennent de l'anxiété, passe ton tour : ce n'est pas le bon numéro pour lui. C'est un travail d'éducateur ou de comportementaliste sur la cause, pas un tour en plus à lui apprendre.

  1. PfungstEnquête sur le cheval « Clever Hans » : réponse à des indices corporels involontaires, d'où l'exigence du double aveugle (1907)
  2. AVSABPosition Statement on Humane Dog Training (mise sous signal en renforcement positif, sans contrainte) (2021)

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Est-ce que les chiens savent compter ?

Pas comme nous. Les chiens ont un sens approximatif du « plus » et du « moins », pas une arithmétique avec des symboles. Face à un résultat qui ne colle pas, ils regardent souvent plus longtemps : un signe de ce sens des quantités, pas la preuve qu'ils comptent vraiment.

Comment apprendre à mon chien à compter ?

En réalité, tu ne lui apprends pas à compter : tu lui apprends à aboyer jusqu'à ton signal d'arrêt. Il te faut d'abord un aboiement et un « chut » solides sur signal, ce que couvre le guide « Parle & chut ». Tu marques ensuite des aboiements isolés avec un mot marqueur (« oui ! »), puis tu installes un geste d'arrêt discret que tu donnes au bon compte. C'est un numéro de communication, pas de calcul.

C'est quoi l'effet Clever Hans ?

Le nom vient d'un cheval qui semblait calculer en tapant du sabot. En 1907, le psychologue Oskar Pfungst a montré qu'il s'arrêtait dès que la personne qui l'interrogeait relâchait, sans le vouloir, une petite tension du corps. Ton chien fait pareil : il lit tes micro-gestes involontaires, pas l'opération que tu poses.

Mon chien aboie le bon nombre de fois, comment fait-il ?

Il te surveille. Il aboie en série et s'arrête quand ton corps lui dit « stop » : un battement de paupières, des épaules qui se relâchent, un souffle qui se retient. Tu es l'auteur involontaire du résultat, et c'est une lecture sociale impressionnante de sa part.

Comment savoir si mon chien comprend vraiment ?

Avec le test à l'aveugle : fais poser la question par quelqu'un qui ignore la réponse, ou sors du champ de vision de ton chien au moment de l'arrêt. Si la justesse s'effondre, c'est qu'il lisait tes indices. Ne teste jamais ce genre d'apprentissage sans pouvoir guider ton chien.

Ce tour est-il adapté à tous les chiens ?

Non. Évite-le si ton chien aboie déjà beaucoup, ou si ses aboiements viennent de l'anxiété : les renforcer pourrait nourrir un vrai problème, qui se règle avec un professionnel, pas avec un tour. Pour les autres chiens, des séances courtes et calmes suffisent, sans jamais laisser les aboiements s'emballer.

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